Alberto Negri sur le pluralisme

 

Les transformations technologiques, de pair avec la crise économique, conduisent à une transition historique  dans le domaine de l’information. Ce tournant est semblable et probablement plus important que celui connu au début des années 70 par la presse nationale et internationale. Ces transformations en cours concernent la propriété des médias, sa concentration, son existence même et la qualité de l’information.

Les médias traditionnels tels que la presse sont destinés à survivre d’une manière totalement différente par rapport au passé. À ce stade, nous assistons à la fermeture de plusieurs journaux, à tel point que le pluralisme de l’information est menacé quotidiennement.  Les nouveaux médias peuvent augmenter le potentiel d’information et  de la liberté d’expression, mais il est évident que cela conduira également à une concentration des ressources humaines et financières. La différence entre l’information, la publicité et la propagande, normalement surveillée par les associations professionnelles, devient de plus en plus floue. C’est l’une des attaques les plus insidieuses et sans précédent de la liberté et du pluralisme. Il est impératif qu’une autorité européenne soit mise en place, habilitée à superviser et intervenir, dans la mesure du possible, sur ce genre de questions.

Correspondant international étranger ayant mis en lumière pendant les trente dernières années des événements politiques et militaires clés du terrain, mon poste a été supprimé à la suite des derniers accords nationaux concernant les contrats de journalistes, une réalité qui se reflète au niveau européen. En effet, je m’adresse à vous en tant qu’un professionnel qui n’existe plus, qui est techniquement mort.

En raison de leur autonomie professionnelle, les correspondants ne sont plus utiles à l’organisation du travail. C’est une grande perte, parce que les jeunes sont privés d’une autre possibilité de se spécialiser et de suivre une carrière alternative. Cependant, ce n’est pas une tragédie car la profession va survivre sous des formes nouvelles et différentes qui ont déjà vu le jour et continuent de le faire.

Je voudrais maintenant profiter de cette occasion pour partager avec vous un souvenir personnel. Il y a 32 ans, quand j’ai décidé de couvrir la révolution en Iran, j’ai voyagé en train d’Italie en Turquie et ensuite en bus jusqu’aux  villes de Tabriz et Téhéran. Le jeune homme de 23 ans que j’étais souhaitait voir et comprendre comment se passe une révolution. Durant ma dernière année, j’ai de nouveau été témoin des révolutions en cours dans le monde arabe. Peut-être ai-je essayé de trouver ailleurs ce que je n’ai jamais vu dans mon propre pays. Mais l’espoir est toujours là.

Bon travail et bonne chance à vous tous.
Alberto Negri

 

Traduit par: Laura Visan